A coup de rachats dans la robotique ou la cartographie, Google donne corps au concept de « robomobile ». L’objectif n’est pas tant de construire des véhicules que de guider le consommateur jusqu’au point de vente. Google deviendrait le Booking du monde physique !

Tout d’abord une précision lexicale. A longueur d’articles, l’expression « voiture autonome » est utilisée pour désigner ces véhicules qui, bardés de caméras et de capteurs, roulent sans être humain aux commandes. A ce terme, je lui préfère celui de robomobile, la robotique remplaçant les actions manuelles du conducteur sur le volant, les pédales d’accélération et de freinage et intelligence artificielle se substituant à l’intelligence humaine. Probablement en mieux, car la robomobile n’est jamais distraite et ne se permet aucun écart de conduite.

Engagé dans cette bataille de la robomobile, Google n’en possède pas encore toutes les briques technologiques mais le géant américain a les moyens de ses ambitions avec un bénéfice net, en 2014, de 14,4 milliards de dollars (13 milliards d’euros). Et il n’hésite pas à sortir son carnet de chèque. Dans le domaine la robotique, Google a racheté ces dernières années huit entreprises spécialisées : Schaft, Industrial Perception, Meka, Redwood Robotics, Bot & Dolly, Autofuss, Holomni, et Boston Dynamics.

Pour ce qui est de l’intelligence artificielle, Google a mis sur la table, en janvier 2014, 400 millions de dollars pour acquérir la start-up britannique DeepMind qui comptait 75 salariés au 31 décembre 2013 ! Cette entreprise utilise des techniques de deep learning, ou « apprentissage en profondeur » en français. Cette intelligence artificielle se nourrira de toutes les données de la robomobile pour se diriger dans la circulation.

 

Trajet offert pour les robomobiles en partage

Alors, autant d’efforts pour la robomobile doivent bien se justifier pour un intérêt stratégique pour Google ! Grâce à tous ses services gratuits, comme son moteur de recherche, Gmail, le navigateur Chrome ou YouTube, le géant américain capte plus de 10% du marché de la publicité qui s’établit aujourd’hui à environ 450 milliards d’euros. Toutefois, pour les annonceurs, la publicité n’assure pas, à coup sûr, la transformation en achat par les consommateurs.

Avec la robomobile, Google pourra influencer directement le choix des passagers quant à leurs trajets et destinations. Aujourd’hui, l’application mobile Waze, qui appartient à Google, affiche des publicités sur l’écran du smartphone pendant la navigation et propose de diriger le conducteur vers ces lieux.

Seulement, le conducteur ne décide pas forcément de suivre ces recommandations ! Dès que le conducteur lâchera le volant avec la robomobile, il sera plus facile de le diriger vers les lieux qui rémunèrent Google. D’autant plus si le trajet est offert par Google avec des robomobiles en partage et en accès libre.

 

En conclusion, Google Maps devient la représentation du monde réel dans lequel il faut exister, sous peine de disparaître. La robomobile permettra à Google de devenir l’intermédiaire entre les « POI », les points d’intérêts, et les occupants de l’habitacle. Mais il y aura un coût pour tous ceux qui voudront être visibles sur Google Maps, et ensuite pour que la robomobile guide le consommateur dans un commerce plutôt que dans celui du concurrent. Google pourrait bien devenir le Booking du monde physique, avec une commission de 20% ?

Tribune publiée dans le supplément de la Transformation digitale du journal Les Echos

http://technologies.lesechos.fr/mobilite/pourquoi-google-s-interesse-tant-a-la-voiture-autonome_a-42-2257.html