La Grande-Bretagne n’avait pas attendu le Brexit pour faire montre de son indépendance en matière de transport. Ainsi, née en 1968, la Convention de Vienne est un traité international conçu pour faciliter la circulation routière internationale et pour améliorer la sécurité en harmonisant la réglementation routière entre les parties signataires. Tous les pays de l’Europe continentale l’ont ratifiée. Pas la Grande-Bretagne! Cette convention affirme dans son article No 8 que «tout véhicule en mouvement ou tout ensemble de véhicules en mouvement doit avoir un conducteur (…). Tout conducteur doit posséder les qualités physiques et psychiques nécessaires et être en état physique et mental de conduire.» D’autres articles encore ne permettent pas à un véhicule de ne pas avoir d’humain en charge du véhicule. La voiture sans chauffeur ne peut rouler sur les voies de circulation des pays ayant ratifié la Convention de Vienne. Alors que la Grande-Bretagne est libre de ses choix…

En juillet 2016, le Department for Transport a annoncé une initiative majeure pour préparer l’avènement des voitures sans chauffeur. Ces propositions portent sur les changements à apporter à la législation des assurances et des règles de conduite. Pour le Ministère britannique des transports, «le gouvernement veut sécuriser la position du Royaume-Uni à l’avant-garde de ce changement pour le développement, la construction et l’utilisation de technologies de véhicules automatisés». Le Royaume-Uni prévoit d’autoriser la circulation de ces voitures d’ici à 2020. D’ailleurs, Google a rencontré, à plusieurs reprises, les autorités britanniques pour sa Google Car.

Les voitures sans chauffeur représentent une opportunité pour la Grande-Bretagne pour augmenter la productivité du pays. Ces véhicules vont aussi réduire le nombre de tués, de blessés, d’accidents et leurs coûts, soit environ 1,5% du PIB. Ils contribueront à réduire la congestion des villes grâce à l’adaptation de l’itinéraire selon l’état du trafic, en temps réel. Ensuite, ils libéreront le temps de trajet des «ex-conducteurs» pour d’autres tâches. Enfin, des populations, exclues de la mobilité pour leur handicap, trouveront une solution pratique et économique à leurs besoins. Le taux de chômage des personnes handicapées est deux fois supérieur au taux national en France et la mobilité est la première cause de cette situation.

En conclusion, les voitures sans chauffeur représentent une opportunité pour remodeler les transports, l’organisation des villes et l’économie d’un pays. Le Brexit replace le progrès technologique au cœur du projet de société. Pour sa part, l’Europe continentale reste suspendue à la modification de la Convention de Vienne, sous l’égide des Nations Unies, pour introduire sur ses routes ces nouveaux véhicules. La Suisse a d’ailleurs ratifié puis appliqué cette convention à partir de 1992.

Tribune parue dans La Tribune de Genève, 21/09/2016